{"id":95,"date":"2013-03-23T17:52:36","date_gmt":"2013-03-23T16:52:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.rvdv.net\/haikus\/?page_id=95"},"modified":"2024-07-17T12:36:02","modified_gmt":"2024-07-17T10:36:02","slug":"le-haiku","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.rvdv.net\/haikus\/le-haiku\/","title":{"rendered":"Le ha\u00efku"},"content":{"rendered":"<p>Le ha\u00efku, terme popularis\u00e9 par Shiki (1867-1902), est une forme classique de la po\u00e9sie japonaise dont la paternit\u00e9 est attribu\u00e9e \u00e0 Bash\u014d (1644-1694). Depuis plus de trois si\u00e8cles, le ha\u00efku, ainsi que le autres formes po\u00e9tiques d&rsquo;origine japonaise, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 au Japon puis en Occident. Sur l&rsquo;origine du haiku, on peut lire : Philippe Forest, \u00ab Sentir la douleur, voir la beaut\u00e9. Masoka Shiki (1867-1902) \u00bb, <em>in<\/em> <em>Haikus, etc.<\/em>, \u00c9ditions C\u00e9cile Defaut, Nantes, 2008, p. 27; pp. 81-97<\/p>\n<p>Note : \u4ff3\u53e5, haiku en transcription romanis\u00e9e, s&rsquo;orthographie aussi ha\u00efku pour en souligner la prononciation. \u00c9couter : <a href=\"http:\/\/www.rvdv.net\/haikus\/wp-mp3\/haiku.mp3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.rvdv.net\/haikus\/wp-mp3\/haiku.mp3<\/a><\/p>\n<p>\u00ab Bash\u014d met un terme \u00e0 ce conflit en \u00e9levant le ha\u00efka\u00ef au rang de v\u00e9ritable po\u00e8me. Une grande importance est accord\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re strophe du ha\u00efka\u00ef, d\u00e9nomm\u00e9e hokku. Elle doit obligatoirement sugg\u00e9rer la saison dans laquelle la r\u00e9union po\u00e9tique est organis\u00e9e. au contraire des autres strophes du ha\u00efka\u00ef, toutes li\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente, le hokku poss\u00e8de une existence propre. c&rsquo;est pourquoi les po\u00e8tes ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des hokku en dehors des s\u00e9ances d&rsquo;\u00e9criture, afin de les polir pour un usage ult\u00e9rieur. Bash\u014d a \u00e9t\u00e9 un des premiers \u00e0 le faire m\u00eame si, de son propre aveu, il pr\u00e9f\u00e9rait les r\u00e9unions collectives. \u00c0 l&rsquo;aube du XXe si\u00e8cle, le renga n&rsquo;\u00e9tait plus beaucoup pratiqu\u00e9 au Japon, mais les po\u00e8tes \u00e9crivaient toujours des \u00ab\u00a0hokku\u00a0\u00bb totalement ind\u00e9pendants de tout po\u00e8me cha\u00een\u00e9. Pour d\u00e9signer ces po\u00e8mes isol\u00e9s et \u00e9viter ainsi de les confondre avec les v\u00e9ritables hokku, premi\u00e8res strophes d&rsquo;un rendu, le po\u00e8te Shiki a cr\u00e9\u00e9 le n\u00e9ologisme ha\u00efku.\u00bb<br \/>\nMakoto Kemmoku &amp; Dominique Chipot, <em>Bash\u014d, Seigneur ermite<\/em>, La Table Ronde, Paris, 2012, p. 15. (Voir : <a href=\"http:\/\/www.rvdv.net\/haikus\/?page_id=72\">Bash\u014d<\/a>)<\/p>\n<h2>Esth\u00e9tique\u00a0 du ha\u00efku<\/h2>\n<p>Rien de plus que la saisie \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d&rsquo;un instant : pr\u00eat \u00e0 \u00eatre oubli\u00e9, \u00e0 jamais inoubliable. [\u2026] Car le ha\u00efku \u00e9chappe \u00e0 la finalit\u00e9 ordinaire de la litt\u00e9rature : il ne laisse pas de trace derri\u00e8re lui. \u00ab Fourmi sans ombre \u00bb, comme le note justement Seishi \u2014 et comme l&rsquo;a tout de suite compris Roland Barthes :<br \/>\n\u00ab le ha\u00efku s&rsquo;enroule sur lui-m\u00eame, le sillage du signe qui semble avoir \u00e9t\u00e9 trac\u00e9, s&rsquo;efface : rien n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 acquis, la pierre du mot a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e pour rien : ni vagues ni coul\u00e9e de sens. (1) \u00bb<br \/>\n1 : Roland Barthes, <em>l&rsquo;Empire des signes<\/em>, Skira, Gen\u00e8ve, 1970.<\/p>\n<p>Pourtant il importe de dire cette part insaisissable qui en toute chose est ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment bouleverse.<\/p>\n<p>\u00ab Nos ha\u00efkistes, on l&rsquo;a vu, r\u00e9pugnent \u00e0 s&rsquo;enfermer dans la comparaison. Non que la m\u00e9taphore leur d\u00e9plaise, bien au\u00a0 contraire, mais qu&rsquo;ils refusent d&rsquo;en faire une fin (Ce n&rsquo;est pas pour rien qu&rsquo;ils ignorent le mot \u00ab comme \u00bb au sens \u00e9troitement comparatif.) C&rsquo;est que la m\u00e9taphore perd \u00e0 leurs yeux singuli\u00e8rement de la force pour peu qu&rsquo;elle soit directement \u00e9nonc\u00e9e : pour peu qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate. Elle demande au contraire \u00e0 \u00eatre autant que possible d\u00e9duite du discours \u2014 comme seront d\u00e9duits de sa trouble formulation mille et un r\u00e9seaux de ressemblance\/dissemblance au fils desquels l&rsquo;esprit est invit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;\u00e9garer. \u00bb<br \/>\nMaurice Coyaud, <em>Fourmis sans ombre. Le Livre du ha\u00efku<\/em>, Ph\u00e9bus, 1978, pp. 15-16, p. 255 (Cet ouvrage est l&rsquo;une des principales sources de l&rsquo;analyse du ha\u00efku par Roland Barthes.)<\/p>\n<p>Le haikiste semble photographier, enregistrer (Andr\u00e9 Breton, dans le <em>Premier Manifeste du surr\u00e9alisme<\/em>, n&rsquo;appelait-il pas les po\u00e8tes \u00e0 \u00eatre des \u00ab appareils enregistreurs \u00bb ?) un simple rien, mais dont l&rsquo;\u00e9clat irradierait sans tr\u00eave. Il ne con\u00e7oit pas, il d\u00e9couvre. Il met la focale au point sur ce qui est l\u00e0, maintenant, in\u00e9puisable dans l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u2014 non pas une essence, mais une dynamique,une \u00e9nergie. Loin d&rsquo;\u00eatre asservi par un quelconque point de vue, il cherche un point de <em>vision<\/em> \u2014 un nouvel angle.<\/p>\n<p>Art de l&rsquo;ellipse et du bref, le haiku se tient \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence du c\u00f4t\u00e9 de la \u00ab phrase vivante \u00bb, mais il proc\u00e8de par retranchement, par soustraction \u2014 par d\u00e9pouillement.<\/p>\n<p>\u00ab Au travail de contraction du po\u00e8te [\u2026] fait \u00e9cho la perception &lsquo;expansionnelle&rsquo; du lecteur, travers\u00e9 tout \u00e0 coup par un chatoiement polyphonique, une sorte de moment-haiku, o\u00f9 il retrouvera <em>partie prenante<\/em>. \u00bb<br \/>\nCorinne Atlan et Z\u00e9no Bianu, <em>Ha\u00efku. Anthologie du po\u00e8me court japonais<\/em>, Gallimard, 2002, pp. 9-11-12<\/p>\n<p>\u00ab [\u2026] oubliant que le haiku a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 un jeu et que jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre, qu&rsquo;il y a dans sa concision concr\u00e8te une d\u00e9sinvolture manifeste \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tout discours et qu&rsquo;une telle d\u00e9sinvolture rend le haiku irr\u00e9ductiblement r\u00e9fractaire \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration par l&rsquo;id\u00e9alisme philosophique, le spiritualisme po\u00e9tique qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, ont fait en Occident le succ\u00e8s de ce genre litt\u00e9raire. En Am\u00e9rique, en Europe, le minimalisme moderne d&rsquo;une esth\u00e9tique de l&rsquo;indicible, de l&rsquo;ineffable, du fragmentaire se recommande du haiku en oubliant parfois que celui-ci est d&rsquo;abord l&rsquo;enfance de l&rsquo;art s&rsquo;exer\u00e7ant contre toute litt\u00e9rature, toute philosophie, toute religion, pointant du doigt la merveilleuse et tendre \u00e9vidence d&rsquo;un monde qui se suffit ind\u00e9finiment \u00e0 lui-m\u00eame. \u00bb<br \/>\n\u00ab On lit d&rsquo;ordinaire le haiku comme une sorte d&rsquo;instantan\u00e9 po\u00e9tique dont la bri\u00e8vet\u00e9 se suffit \u00e0 elle-m\u00eame : un geste, un signe, une empreinte t\u00e9moignant d&rsquo;une vision par laquelle le r\u00e9el se manifeste et o\u00f9 tout se condense et s&rsquo;abolit ainsi. Et cela est juste sans doute. D&rsquo;autant plus pour Shiki dont toute la pens\u00e9e explicite vise \u00e0 conf\u00e9rer aux dix-sept ou aux trentre-et-une syllabes du po\u00e8me une dignit\u00e9 superbe et suffisante. Mais l&rsquo;illumination solitaire que le haiku manifeste suppose encore toute la prose du monde du fond de laquelle il se d\u00e9tache et o\u00f9 il scintille enfin. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi toutes les grandes \u0153uvres de la litt\u00e9rature japonaise \u2014 quel que soit le genre Dans lequel on les range \u2014 participent du m\u00eame balancement par lequel s&rsquo;appellent et s&rsquo;opposent la continuit\u00e9 du r\u00e9cit et la discontinuit\u00e9 du po\u00e8me. \u00bb<br \/>\n\u00ab Le haiku n&rsquo;est l&rsquo;expression d&rsquo;aucune sagesse, juste une incision tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re faite dans la trame du temps, la c\u00e9sure nette et infime par o\u00f9 se laisse apercevoir la vrille d&rsquo;un vertige ouvrant sur nulle part, pr\u00e9cipitant le passage du pr\u00e9sent puis le suspendant sur la pointe insignifiante d&rsquo;un seul instant. \u00bb<br \/>\nPhilippe Forest, <em>Haikus, etc.<\/em>, \u00c9ditions C\u00e9cile Defaut, Nantes, 2008, p. 27; pp. 93-84; quatri\u00e8me de couverture<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.rvdv.net\/haikus\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2013\/03\/Philippe-Forest-Haikus-1.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-147\" src=\"http:\/\/www.rvdv.net\/haikus\/wp-content\/uploads\/sites\/4\/2013\/03\/Philippe-Forest-Haikus-1.jpg\" alt=\"Philippe Forest Haikus\" width=\"240\" height=\"357\" \/><\/a><\/p>\n<h2>Sites d\u00e9di\u00e9s aux ha\u00efkus<\/h2>\n<p>Site de Dominique Chipot : <a href=\"http:\/\/www.dominiquechipot.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.dominiquechipot.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ha\u00efku, terme popularis\u00e9 par Shiki (1867-1902), est une forme classique de la po\u00e9sie japonaise dont la paternit\u00e9 est attribu\u00e9e \u00e0 Bash\u014d (1644-1694). Depuis plus de trois si\u00e8cles, le ha\u00efku, ainsi que le autres formes po\u00e9tiques d&rsquo;origine japonaise, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 au Japon puis en Occident. 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