{"id":223,"date":"2025-12-04T11:58:37","date_gmt":"2025-12-04T10:58:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/?page_id=223"},"modified":"2025-12-04T13:35:42","modified_gmt":"2025-12-04T12:35:42","slug":"les-immateriaux-et-la-question-des-nouveaux-medias-numeriques","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/les-immateriaux-liste-des-pages-de-documents\/les-immateriaux-et-la-question-des-nouveaux-medias-numeriques\/","title":{"rendered":"Les Immat\u00e9riaux et la question des nouveaux m\u00e9dias num\u00e9riques"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-225\" src=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/image-6.jpeg\" alt=\"\" width=\"320\" height=\"403\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/image-6.jpeg 476w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/image-6-238x300.jpeg 238w\" sizes=\"auto, (max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><\/p>\n<p>Un extrait du texte de Jean-Louis Boissier \u00ab\u00a0La question des nouveaux m\u00e9dias num\u00e9riques\u00a0\u00bb publi\u00e9 dans: <a href=\"https:\/\/boutique.centrepompidou.fr\/fr\/product\/385-centre-pompidou-trente-ans-dhistoire.html\"><em>Centre Pompidou\u00a0: 30 ans d\u2019histoire<\/em>,<\/a> ouvrage collectif sous la direction de Bernadette Dufr\u00eane, 2007, 664 pages, 850 ill. noir et blanc et couleurs, format 19 x 24 cm reli\u00e9, ISBN 978-2-84426-322-3. Pages 374 \u00e0 391.<\/p>\n<p>L\u2019exposition du Centre Pompidou <em>Les Immat\u00e9riaux<\/em> (1985) est envisag\u00e9e ici dans le contexte d\u2019une \u00e9tude, publi\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion des 30 ans du Centre Pompidou, sur l\u2019introduction des nouveaux m\u00e9dias num\u00e9riques dans ce centre. Ce texte prend le parti de d\u00e9crire des projets auxquels son auteur a directement contribu\u00e9, c\u2019est le cas des <em>Immat\u00e9riaux<\/em>. En \u00e9vitant de verser dans le t\u00e9moignage trop personnel, il livre des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9cits et de descriptions, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment partiels, destin\u00e9s \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler concr\u00e8tement des encha\u00eenements de questions et de propositions et \u00e0 appuyer des commentaires r\u00e9trospectifs.<\/p>\n<p>Des <em>Immat\u00e9riaux<\/em>, on retiendra en quoi ils ont constitu\u00e9 une c\u00e9sure primordiale dans le genre exposition en inventant, pour porter une puissante interrogation philosophique, une dramaturgie interactive. Cette analyse est rapproch\u00e9e, dans le texte complet, de celles de deux autres manifestations du Centre Pompidou:<em> Passages de l\u2019image<\/em> (1990) qui permet de d\u00e9crire la fa\u00e7on dont une esth\u00e9tique du virtuel vient inscrire un nouvel \u00e9cart dans l\u2019encha\u00eenement des arts machiniques de l\u2019image, allant de la photographie et du cin\u00e9ma \u00e0 la vid\u00e9o et \u00e0 l\u2019informatique; la <em>Revue virtuelle<\/em> (1992-1996) qui appara\u00eet dans sa fonction d\u2019inventaire et d\u2019observatoire critique, non centr\u00e9e sur l\u2019art mais portant, pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela, le projet de rep\u00e9rer de nouvelles formes d\u2019art au sein de multiples pratiques, exp\u00e9riences et attitudes impliquant le num\u00e9rique.<\/p>\n<h3>L&rsquo;apparition d\u2019une dramaturgie interactive<\/h3>\n<p>C\u2019est dans le courant de l\u2019ann\u00e9e 1982 que j\u2019entre en relation avec celui qui, au CCI, dirige d\u00e9j\u00e0 un projet d\u2019exposition sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0mat\u00e9riaux nouveaux et cr\u00e9ation\u00a0\u00bb, Thierry Chaput. Je fais alors partie de l\u2019\u00e9quipe qui, sous la conduite de Frank Popper, pr\u00e9pare au Mus\u00e9e d\u2019art moderne de la Ville de Paris une exposition historique tr\u00e8s compl\u00e8te consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et l\u2019\u00e9lectronique dans l\u2019art\u00a0\u00bb, <em>Electra<\/em> (de d\u00e9cembre 1983 \u00e0 f\u00e9vrier 1984). Nous envisageons de l\u2019\u00e9tendre en direction des arts d\u00e9coratifs et du design et c\u2019est dans ce but que j\u2019ai rendez-vous au CCI. D\u00e8s ce premier contact l\u2019id\u00e9e est pos\u00e9e de r\u00e9aliser des vid\u00e9odisques interactifs dans le cadre d\u2019une convention avec la formation Arts plastiques de l\u2019Universit\u00e9 Paris 8, qui a vu en son sein se constituer une sp\u00e9cialisation, conduite par Edmond Couchot, dans les nouvelles technologies de l\u2019image. Plus tard la convention portera sur plusieurs contributions ayant trait aux \u00ab\u00a0nouvelles images\u00a0\u00bb, images calcul\u00e9es, installations interactives, copy-art. Pendant plusieurs ann\u00e9es, je vais \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 Thierry Chaput dans diverses investigations concernant tant le domaine des images que le dispositif sc\u00e9nographique de l\u2019exposition. Nous participons donc \u00e0 la confection d\u2019un avant-projet, une collection d\u2019objets d\u00e9monstratifs et symptomatiques dont le titre devient \u00ab\u00a0Les mat\u00e9riaux dans tous leurs \u00e9tats\u00a0\u00bb. Mais il manque une dynamique et une coh\u00e9rence conceptuelles.<\/p>\n<p>Quand, vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 1983, Jean-Fran\u00e7ois Lyotard est appel\u00e9 \u00e0 prendre la direction intellectuelle de l\u2019exposition \u2014 il pr\u00e9f\u00e9rera dire manifestation \u2014, il met en question chacun des trois termes, mat\u00e9riaux, nouveaux, cr\u00e9ation en la nommant <em>Les Immat\u00e9riaux<\/em>. Parce que, dit-il, \u00ab\u00a0je ne connais rien aux mat\u00e9riaux, que nouveau \u00e7a ne veut rien dire et que cr\u00e9ation, c\u2019est de la th\u00e9ologie ou de l\u2019esth\u00e9tique romantique, c&rsquo;est-\u00e0-dire des choses que pr\u00e9cis\u00e9ment il faut mettre en question\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si elle n\u2019est pas une exposition d\u2019art, si elle ne se veut ni documentaire ni encyclop\u00e9dique, elle est con\u00e7ue comme une \u00ab\u00a0dramaturgie\u00a0\u00bb destin\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0faire \u00e9prouver le sentiment de l\u2019ach\u00e8vement d\u2019une p\u00e9riode et l\u2019inqui\u00e9tude qui na\u00eet \u00e0 l\u2019aube de la post-modernit\u00e9\u00a0\u00bb et, en ce sens, rel\u00e8ve d\u2019un projet tant philosophique qu\u2019artistique. S\u2019il pr\u00e9voit, \u00ab\u00a0argument 1\u00a0\u00bb, d\u2019en faire une mani\u00e8re de manifeste de la \u00ab\u00a0post-modernit\u00e9\u00a0\u00bb, Lyotard se prend rapidement au jeu de son \u00ab\u00a0argument 2\u00a0\u00bb, l\u2019interrogation de l\u2019immat\u00e9riel, en l\u2019agen\u00e7ant selon les mots mat\u00e9riau, mati\u00e8re, matrice, mat\u00e9riel, maternit\u00e9. Les \u00ab\u00a0immat\u00e9riaux\u00a0\u00bb d\u00e9signent non pas simplement ce qui est immat\u00e9riel mais, de fa\u00e7on ouverte, \u00ab\u00a0un mat\u00e9riau qui dispara\u00eet comme entit\u00e9 ind\u00e9pendante\u00a0\u00bb, un mat\u00e9riau o\u00f9 \u00ab\u00a0le mod\u00e8le du langage supplante celui de la mati\u00e8re\u00a0\u00bb et dont le principe \u00ab\u00a0n\u2019est plus une substance stable mais un ensemble d\u2019interactions\u00a0\u00bb. Les nouvelles technologies y sont des \u00ab\u00a0substituts d\u2019op\u00e9rations mentales et non plus physiques\u00a0\u00bb. Pour tout dire, \u00ab\u00a0Les Immat\u00e9riaux\u00a0\u00bb deviendront tr\u00e8s vite un nom propre. L\u2019exposition entend donner au visiteur \u00ab\u00a0le sentiment de la complexit\u00e9 des choses\u00a0\u00bb car \u00ab\u00a0une nouvelle sensibilit\u00e9 na\u00eet\u00a0\u00bb alors que \u00ab\u00a0dans la cr\u00e9ation apparaissent de nouveaux genres d\u2019art reposant sur les nouvelles technologies\u00a0\u00bb. (1)<\/p>\n<p>Diverses tentatives d\u2019un cin\u00e9ma qu\u2019on nommerait aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0install\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0non-lin\u00e9aire\u00a0\u00bb m\u2019avaient port\u00e9 vers la notion de participation du spectateur, puis d\u2019interactivit\u00e9, entendue, pour tenter d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie qui l\u2019accompagne, dans son usage technique (le mot est v\u00e9ritablement lanc\u00e9, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70, pour d\u00e9signer la \u00ab\u00a0relation homme-machine\u00a0\u00bb qu\u2019appelle l\u2019ordinateur, il a subi depuis une certaine usure, nous y reviendrons). C\u2019est en 1980, dans <em>Cartes et figures de la terre<\/em>, \u2014 exposition passionnante, qui fait r\u00e9f\u00e9rence quant \u00e0 la puissance th\u00e9orique et technologique que conna\u00eet la notion de cartographie \u2014, con\u00e7ue elle aussi par le CCI, en coop\u00e9ration avec les autres d\u00e9partements du Centre, que je d\u00e9couvre concr\u00e8tement la technique du vid\u00e9odisque (ou laserdisc). L\u2019installation <em>Le Bus<\/em>, qui sera r\u00e9alis\u00e9e avec une douzaine de mes \u00e9tudiants de Paris 8, repose sur l\u2019articulation interactive d\u2019un film, le plus simple et embl\u00e9matique qui soit, ce que l\u2019on voit de la fen\u00eatre d\u2019un autobus, et de tout un ensemble de reportages photographiques. Le regardeur est pris entre le plaisir de la contemplation du d\u00e9filement et du renouvellement du paysage et le d\u00e9sir de l\u2019interrompre dans un geste exploratoire, voyeuriste. Il se trouve confront\u00e9 \u00e0 la fois \u00e0 ce qu\u2019il faut bien reconna\u00eetre comme une opacit\u00e9 inh\u00e9rente au photographique et au sentiment de la pr\u00e9sence potentielle d\u2019une collection d\u2019images si vaste qu\u2019on ne peut l\u2019\u00e9puiser.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/bus_1985-1-1.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-0\" data-imagelightbox=\"0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-233\" src=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/bus_1985-1-1.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"677\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/bus_1985-1-1.jpg 1024w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/bus_1985-1-1-300x198.jpg 300w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/bus_1985-1-1-768x508.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Fiche du catalogue <em>Les Immat\u00e9riaux<\/em>: \u00ab\u00a0Visites simul\u00e9es\u00a0\u00bb, <em>Le Bus, ou l\u2019exercice de la d\u00e9couverte<\/em>, 1984-1985. La maquette d&rsquo;un autobus affiche une vid\u00e9o du paysage qui d\u00e9file ou bien, quand on \u00ab\u00a0demande l&rsquo;arr\u00eat\u00a0\u00bb, l&rsquo;une des 120 s\u00e9ries de photographies qui sont autant de portraits de gens qui se trouvent v\u00e9ritablement sur le territoire travers\u00e9. Collection JLB.<\/p>\n<p><em>Le Bus<\/em> peut \u00eatre vu comme une proposition embl\u00e9matique du dispositif intellectuel et technologique des <em>Immat\u00e9riaux<\/em>: on acc\u00e8de au r\u00e9el par la m\u00e9diation d\u2019un programme, son mat\u00e9riau inclut le langage, le temps r\u00e9el de l\u2019acc\u00e8s interactif est relatif \u00e0 une mise en m\u00e9moire. Avec l\u2019inclusion de l\u2019informatique, avec l\u2019ordinateur plac\u00e9 en son centre, l\u2019\u0153uvre tend \u00e0 s\u2019assimiler \u00e0 une interface \u2014 autre terme appartenant au vocabulaire du num\u00e9rique \u2014. Dans une p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019image num\u00e9rique est assimil\u00e9e \u00e0 une image calcul\u00e9e qui n\u2019entretiendrait plus aucun lien indiciel et analogique avec le r\u00e9el, Le Bus s\u2019attache \u00e0 une mise en forme de la relation au r\u00e9el qui inclut le proc\u00e9d\u00e9 ancien de l\u2019enregistrement photographique et filmique mais qui l\u2019inscrit dans un dispositif de saisie des relations propre aux techniques interactives de l\u2019informatique. Qui plus est, le diagramme de cette circulation interactive, et aussi son interface, sont litt\u00e9ralement emprunt\u00e9s \u00e0 des objets, aux usages et aux gestes qui leurs sont associ\u00e9s : le plan de la ligne d\u2019autobus, le bouton qu\u2019on presse pour demander le prochain arr\u00eat, le bo\u00eetier lumineux qui affiche \u00ab\u00a0Arr\u00eat demand\u00e9\u00a0\u00bb. Le statut de l\u2019installation est ambigu. Elle peut \u00eatre vue comme une d\u00e9monstration technique, comme un projet documentaire porteur d\u2019un discours sp\u00e9cifique, comme le prototype d\u2019une modalit\u00e9 relationnelle qui a sa po\u00e9tique, comme un essai d\u2019un nouveau genre artistique. Elle met en sc\u00e8ne une dialectique de l\u2019illusion et de la distanciation, elle donne \u00e0 lire les images autant qu\u2019\u00e0 les voir.<\/p>\n<p>Dans Les Immat\u00e9riaux, le visiteur voit d\u2019abord une enveloppe, des rapports de proximit\u00e9 et de profondeur, de complexit\u00e9 et de lisibilit\u00e9. Peut-\u00eatre gardera-t-il d\u2019abord cette image ? Ce processus se r\u00e9p\u00e8te dans divers registres aupr\u00e8s des \u00ab\u00a0sites\u00a0\u00bb, au nombre de 67, impossibles \u00e0 consid\u00e9rer et \u00e0 comprendre tous (ils ont pour noms : nu vain, deuxi\u00e8me peau, l\u2019ange, corps chant\u00e9, corps \u00e9clat\u00e9, \u00ab\u00a0infra-mince\u00a0\u00bb, surface introuvable, [&#8230;], n\u00e9goce peint, terroir oubli\u00e9, tous les auteurs, temps diff\u00e9r\u00e9). Nous envisagerons, jusqu\u2019\u00e0 y renoncer \u00e0 cause d\u2019une impossibilit\u00e9 technique et \u00e9conomique, que chaque visiteur se voit dot\u00e9 d\u2019une carte magn\u00e9tique qui lui ouvrira des chemins et qui lui fournira l\u2019inscription de son parcours singulier.<\/p>\n<p>L\u2019exposition sera per\u00e7ue comme proposition du devenir du genre exposition lui-m\u00eame. Elle refuse le mod\u00e8le, \u00ab\u00a0h\u00e9rit\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0r\u00e9cit\u00a0\u00bb \u00e0 suivre de salle en salle tout autant que celui, qui devient tr\u00e8s en vogue \u00e0 ce moment-l\u00e0, d\u2019une exposition-spectacle o\u00f9 le spectateur est absorb\u00e9 par un programme. L\u2019espace des Immat\u00e9riaux est plut\u00f4t celui d\u2019un jardin nocturne, avec \u00e0 la fois des lignes de forces, des recoins, quelques impasses et, malgr\u00e9 tout, des perspectives. C\u2019est une mani\u00e8re de labyrinthe, \u00ab\u00a0un d\u00e9dale de situations organis\u00e9es par des questions\u00a0\u00bb, o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019\u00e9garerait pas mais o\u00f9 l\u2019on aurait tr\u00e8s vite le sentiment qu\u2019on ne peut l\u2019\u00e9puiser. \u00ab\u00a0Jardin aux sentiers qui bifurquent\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de Babel\u00a0\u00bb, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Borges sont nombreuses dans le projet de Lyotard comme dans les propositions de l\u2019architecte Philippe D\u00e9lis.<\/p>\n<p>Depuis les d\u00e9buts, le CCI a d\u00e9velopp\u00e9, au sein du Centre, une pratique de l\u2019exposition o\u00f9 les commissaires comme les architectes, sc\u00e9nographes, designers et graphistes sont au premier plan. Les th\u00e8mes socio-politiques, les approches transversales et documentaires, les collections illustratives, les placent en position d\u2019auteurs, sinon d\u2019artistes. Les Immat\u00e9riaux prolongent cette situation mais, d\u2019une certaine fa\u00e7on la corrigent en l\u2019assumant. Toute une \u00e9quipe, confort\u00e9e par l\u2019\u00e9crivain-philosophe qu\u2019est Jean-Fran\u00e7ois Lyotard, sait que la manifestation doit faire \u0153uvre. Dramaturgie a-t-on dit, op\u00e9ra, constellation d\u2019objets-images, po\u00e9tique et litt\u00e9raire. Travaillant de bout en bout sur des mod\u00e8les linguistiques et pragmatiques, jamais une exposition n\u2019avait peut-\u00eatre donn\u00e9 \u00e0 ce point sa part au texte: tout un agencement de d\u00e9nominations et de phrases, pour la plupart dues \u00e0 Lyotard, que reprennent la signal\u00e9tique et les fiches du catalogue et, innovation remarquable, citations sonores. Portant des \u00e9couteurs qui captent ces enregistrements, le visiteur est dans une position de lecteur, ou de lecture, comme on d\u00e9signe la t\u00eate d\u2019un magn\u00e9tophone, plut\u00f4t que de spectateur. Cette bande son, Lyotard dira qu\u2019elle est \u00ab\u00a0la seule id\u00e9e\u00a0\u00bb qu\u2019il aura apport\u00e9e \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de l\u2019exposition. \u00ab\u00a0Le visiteur, dans sa solitude, est somm\u00e9 de choisir son parcours aux carrefours des trames qui le retiennent et des voix qui l\u2019appellent\u00a0\u00bb \u00e9crit-il dans \u00ab\u00a0Le partage des cons\u00e9quences\u00a0\u00bb, son introduction \u00e0 l\u2019\u00a0\u00bbAlbum\u00a0\u00bb contenu dans le catalogue. (2)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_20.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-1\" data-imagelightbox=\"1\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-235\" src=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_20.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"679\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_20.jpg 1024w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_20-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_20-768x509.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><br \/>\n<em>Les Immat\u00e9riaux<\/em>. Une vue de l&rsquo;exposition. Clich\u00e9 \u00a9 Centre Pompidou 1985.<\/p>\n<p>On parle donc de dramaturgie interactive. Interactivit\u00e9 au sens strict, pr\u00e9sente dans tout ce qui s\u2019appuie sur l\u2019informatique, ses codes, ses automates, ses r\u00e9seaux, mais aussi interactivit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 m\u00e9taphorique et cependant fond\u00e9e pour Les Immat\u00e9riaux, tant l\u2019intelligence de la technique y est activ\u00e9e. Tout y est vu, patrimoine comme nouveaut\u00e9, \u00e0 travers le moirage de ce qui s\u2019annonce : un virtuel global, qu\u2019on n\u2019appelle pas encore cyberespace, mais qui porte d\u00e9j\u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de la cybern\u00e9tique.<\/p>\n<p>Il est remarquable que Lyotard conserve, du premier projet, la plupart des objets et exemples collect\u00e9s ou command\u00e9s, les int\u00e9grant dans ses parcours. Il ajoutera notamment des th\u00e8mes comme celui de la peau ou de la maternit\u00e9, des \u0153uvres artistiques rep\u00e8res, historiques et contemporaines (Balla, Seurat, Duchamp, Moholy-Nagy, Haussmann, Klein, Kosuth, Monory, etc.), un programme de films (par Claudine Eizykman et Guy Fihman), des s\u00e9ries de concerts (organis\u00e9es par l\u2019IRCAM).<\/p>\n<p>Pour ce qui est de la production artistique sur ordinateur, outre les quelques sites d\u00e9di\u00e9s \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la musique, c\u2019est par tout ce qui la lie au texte qu\u2019elle est v\u00e9ritablement pr\u00e9sente : romans t\u00e9l\u00e9matiques et coop\u00e9ratifs en textes et en images (dans le style des gros pixels propre au Minitel), po\u00e9sie et litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9ratives (Jean-Pierre Balpe, Paul Braffort, Jacques Roubaud, etc.), exp\u00e9rience d\u2019\u00e9criture collective partag\u00e9e, interactive et \u00e0 distance, \u00ab\u00a0\u00c9preuve d\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb (inspir\u00e9e par Roy Ascott et appuy\u00e9e par Olivetti), o\u00f9 une trentaine d\u2019auteurs (\u00e9crivains, philosophes, scientifiques) commentent, chacun depuis son ordinateur, une s\u00e9rie impos\u00e9e de mots th\u00e9matiques. L\u2019exp\u00e9rience fait date, mais de fa\u00e7on quelque peu imaginaire. On l\u2019expose sur des terminaux d\u2019ordinateurs ou Minitel dont le public ignore le plus souvent l\u2019usage, mais il la per\u00e7oit comme le sympt\u00f4me de ce qui arrive (on est encore loin d\u2019Internet). Elle est aussi publi\u00e9e int\u00e9gralement dans ce qui appara\u00eet comme un deuxi\u00e8me volume du catalogue.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_17.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-2\" data-imagelightbox=\"2\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\" title=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-237\" src=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_17.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"682\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_17.jpg 1024w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_17-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/cci_immat_17-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Les Immat\u00e9riaux<\/em>. Des citations de Beckett, Artaud, Proust, Bachelard, Michaux, Blanchot, Mallarm\u00e9, Kleist, Roubaud, Borges, Baudrillard, Bioy Casar\u00e8s, Virilio, Andersen, Rabelais, Barthes, Caroll, etc. sont diffus\u00e9s par infrarouge dans trente zones. Clich\u00e9 \u00a9 Centre Pompidou 1985.<\/p>\n<p>Du 28 mars au 15 juillet 1985, l\u2019exposition conna\u00eet un succ\u00e8s, mais, d\u00e8s lors, elle devient mythique, fr\u00e9quemment cit\u00e9e et interpr\u00e9t\u00e9e par ceux qui ne l\u2019ont pas vue. Elle marquera une c\u00e9sure. Elle n\u2019avait pas de pr\u00e9c\u00e9dents, elle n\u2019aura pas de r\u00e9pliques. Son empreinte sera profonde mais diffuse, comme si, l\u2019op\u00e9ration ayant \u00e9t\u00e9 men\u00e9e, on pouvait laisser reposer les assertions radicales de la post-modernit\u00e9, et si, \u00e9veill\u00e9s \u00e0 une technologie qui \u00ab\u00a0n\u2019est pas la cause du d\u00e9clin de la figure moderne\u00a0\u00bb, on pouvait penser une modernit\u00e9 de la complexit\u00e9. Lyotard lui-m\u00eame pourra se d\u00e9clarer transform\u00e9 par <em>Les Immat\u00e9riaux<\/em>: \u00ab\u00a0cette aventure tout a fait d\u00e9mesur\u00e9e\u00a0\u00bb l\u2019aura \u00ab\u00a0d\u00e9plac\u00e9\u00a0\u00bb, lui aura fait comprendre que son ouvrage <em>La Condition post-moderne<\/em> \u00ab\u00a0n\u2019\u00e9tait pas assez dramatis\u00e9, avait des issues trop simples.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Notes<\/p>\n<p>1. Origines de ces citations : documents de travail, magazine du Centre, dossier de presse, catalogue, entretiens donn\u00e9s par Jean-Fran\u00e7ois Lyotard \u00e0 des journaux.<br \/>\nVoir aussi: <em>Modernes et apr\u00e8s. Les Immat\u00e9riaux<\/em>, sous la direction de \u00c9lie Th\u00e9ophilakis, Autrement, Paris, 1985.<\/p>\n<p>2. Les Immat\u00e9riaux. Album et inventaire. Ouvrage publi\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la manifestation <em>Les Immat\u00e9riaux<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e par le Centre de Cr\u00e9ation Industrielle du 28 mars au 15 juillet 1985 dans la Grande galerie du Centre Pompidou, 1985. Ce catalogue est compos\u00e9 de deux blocs: \u00ab Album \u00bb, qui reproduit des documents de la fabrication de la manifestation, \u00ab Inventaire \u00bb, qui donne, sous forme de fiches, l\u2019indication des parcours et des sites.<\/p>\n<p>Document \u00e0 \u00e9couter :<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-227\" src=\"http:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/Immat_cassette-e1468485638536.jpg\" alt=\"\" width=\"305\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/Immat_cassette-e1468485638536.jpg 305w, https:\/\/www.rvdv.net\/immateriaux\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2025\/12\/Immat_cassette-e1468485638536-300x196.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 305px) 100vw, 305px\" \/><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/rvdv.net\/wp-son\/immat.mp3\">Son de la cassette \u00ab\u00a0dossier de presse\u00a0\u00bb des <em>Immat\u00e9riaux<\/em>. Voix de Michael Lonsdale. Coll. JLB.<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un extrait du texte de Jean-Louis Boissier \u00ab\u00a0La question des nouveaux m\u00e9dias num\u00e9riques\u00a0\u00bb publi\u00e9 dans: Centre Pompidou\u00a0: 30 ans d\u2019histoire, ouvrage collectif sous la direction de Bernadette Dufr\u00eane, 2007, 664 pages, 850 ill. noir et blanc et couleurs, format 19 x 24 cm reli\u00e9, ISBN 978-2-84426-322-3. Pages 374 \u00e0 391. 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