{"id":416,"date":"2026-04-01T14:21:30","date_gmt":"2026-04-01T12:21:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/?page_id=416"},"modified":"2026-04-01T14:29:11","modified_gmt":"2026-04-01T12:29:11","slug":"24-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/page-d-exemple\/24-2\/","title":{"rendered":"24. Gladys C. Fabre. La culture survolt\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Cet article de Gladys C. Fabre, historienne d\u2019art <em>free lance<\/em>, est paru dans le catalogue de l\u2019exposition <em>Electra<\/em>, Mus\u00e9e d\u2019art moderne de la Ville de Paris, 1983, pp. 206-226.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-421\" src=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/electra_catalogue_couv.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"333\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/electra_catalogue_couv.jpg 1441w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/electra_catalogue_couv-270x300.jpg 270w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/electra_catalogue_couv-922x1024.jpg 922w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/electra_catalogue_couv-768x853.jpg 768w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/electra_catalogue_couv-1383x1536.jpg 1383w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>C\u2019est une sorte d\u2019\u00e9loge argument\u00e9 de la culture pop et underground am\u00e9ricaine, du mouvement hippy, \u00e0 l\u2019\u00ab\u00e8re de la joie \u00e9lectrique\u00bb. Comme en \u00e9cho au texte de Brion Gysin, \u00abDream Machine\u00bb, nous en publions ici une partie\u2028, sous-titr\u00e9e \u00abVers une nouvelle psycho-sociosph\u00e8re\u00bb dont la sp\u00e9cificit\u00e9, selon Gladys C. Fabre, se formule ainsi:<\/p>\n<p>Nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 vivre rapidement, \u00e0 \u00eatre \u00absynchro\u00bb dans un monde de machines o\u00f9 \u00able temps c\u2019est de l\u2019argent\u00bb, \u00e0 \u00eatre efficace et \u00e0 obtenir la satisfaction de nos besoins mat\u00e9riels dans l\u2019instant: \u00abj\u2019appuie sur un bouton, j\u2019\u00e9claire\u00bb. [Cet article nous \u00e9claire sur les modalit\u00e9s artistico-technologiques de r\u00e9alisation de ce d\u00e9sir \u00abdu tout, tout de suite\u00bb dans les ann\u00e9es soixante et soixante-dix aux \u00c9tats-Unis:] peintres, chor\u00e9graphes, musiciens d\u2019avant-garde, artistes de performances vont rechercher \u00e0 cr\u00e9er des effets hypnotiques par la fixation, l\u2019atonalit\u00e9, la r\u00e9p\u00e9tition, le vide, la lumi\u00e8re ou les vibrations sonores, afin de procurer au spectateur une perception diff\u00e9rente (par le corps) et diversifi\u00e9e de l\u2019Espace et du Temps.<\/p>\n<h3>Vers une nouvelle psycho-sociosph\u00e8re<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9lectrification intensive de la musique populaire accompagn\u00e9e des <em>light-shows<\/em> vers le milieu des ann\u00e9es soixante (Dylan \u00e9lectrifie sa guitare en 1965) fut port\u00e9e par les mouvements post-Beatniks puis Hippies. Le Festival de Monterey (1967) inaugura l\u2019\u00e8re des grandes manifestations musicales. L\u2019\u00abAcid rock\u00bb (20) comme son nom l\u2019indique est ins\u00e9parable des drogues et tout sp\u00e9cialement du LSD. L\u2019art cin\u00e9tique psych\u00e9d\u00e9lique employant n\u00e9on, projecteurs de cin\u00e9ma, vid\u00e9o et stroboscope, participait au \u00abTrips-Festival\u00bb (janvier 1966) au m\u00eame titre que la musique. Les projections lumineuses de Roy Seburn ou la <em>Dreamachine<\/em> de Brion Gysin (21), le stroboscope en projetant une lumi\u00e8re vive \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, provoquaient des effets et des sensations proches de celles que provoquaient le LSD. Pour les gens qui se trouvaient sous le stroboscope tout semblait s\u2019\u00e9parpiller. \u00abPour les danseurs en extase\u2026 leurs mains s\u2019envolaient, se figeaient en l\u2019air. Ces visages luisants se d\u00e9composaient. Tout un monde \u00e9pingl\u00e9 sur le tableau de chasse d\u2019un collectionneur de papillons: c\u2019\u00e9tait \u00e7a l\u2019exp\u00e9rience.\u00bb (22)<\/p>\n<p>Tom Wolfe a d\u00e9peint dans son ouvrage <em>The Electric Kool-Aid Acide Test<\/em> cette soci\u00e9t\u00e9 de marginaux, une des composantes du mouvement hippy, r\u00e9unie autour de l\u2019\u00e9crivain Ken Kesey. Leur originalit\u00e9 face au courant de Timothy Leary par exemple \u00e9tait de ne pas refuser le monde industriel mais au contraire d\u2019y rechercher un support de l\u2019extase. Pour Leary c\u2019\u00e9tait le retour \u00e0 la vie pastorale, \u00e0 l\u2019artisanat et une certaine conformit\u00e9 avec la philosophie orientale dans ce qu\u2019elle implique de sobri\u00e9t\u00e9, de m\u00e9ditation, de calme et de passivit\u00e9. Au contraire, \u00abla direction de Kesey\u00bb, nous dit Wolfe, \u00abcelle qui pr\u00e9vaut aujourd\u2019hui \u00e0 Haight-Ashbury, en tant que mode de vie\u2026 consiste \u00e0 prendre tout ce qui bouge, tout ce qui fonctionne, n\u2019importe quoi, les fils \u00e0 haute tension, les tubes, les rayons, les volts, les d\u00e9cibels, les faisceaux, toutes les projections et toutes les combustions de l\u2019Am\u00e9rique de la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e, du n\u00e9on et de la Day-Glo, et de le porter \u00e0 un extr\u00eame assez mystique pour vous conduire aux limites occidentales de l\u2019exp\u00e9rience\u2026\u00bb (23). Dans un chapitre intitul\u00e9 \u00abLa Guerre des r\u00eaves\u00bb, Wolfe explique comment l\u2019entourage de Kesey, comportant sporadiquement des <em>Hell\u2019s Angels<\/em> et plusieurs groupes de rock dont les <em>Grateful Dead<\/em>, et en permanence les <em>Prankster<\/em>, ne pouvait s\u2019accommoder des \u00absornettes\u00bb learystes. Ils recherchaient l\u2019illumination, <em>le Kairos<\/em> \u00e0 travers les technologies du si\u00e8cle, lumi\u00e8re artificielle et drogues chimiques: \u00abDu LSD et les feux:::: de la rampe:::: le berceau de verdure magique se dissout en\u2026 <em>poussi\u00e8re de n\u00e9on<\/em>\u2026 Pour du pointillisme c\u2019en \u00e9tait\u2026 Impossible de d\u00e9crire la beaut\u00e9 de cette r\u00e9v\u00e9lation: voir tout \u00e0 coup, pour la premi\u00e8re fois, l\u2019atmosph\u00e8re dans laquelle vous vivez depuis des ann\u00e9es, et sentir en m\u00eame temps \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de votre \u00eatre jaillir de votre c\u0153ur, de votre torse, et inonder votre cerveau une fontaine d\u2019\u00e9lectricit\u00e9\u2026 (24) Ainsi Kesey et son entourage d\u00e9siraient, avec un succ\u00e8s aussi destructeur qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re allier le monde technologique \u00e0 une mystique orientale, \u00e0 un nihilisme m\u00eal\u00e9 de contestation politico-sociale, et parfois m\u00eame \u00e0 une attitude primitive, proche du barbarisme (avec les <em>Hell\u2019s Angels<\/em> par exemple).<\/p>\n<h3>L\u2019exp\u00e9rience \u00abhippy\u00bb<\/h3>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience \u00abhippy\u00bb a eu un impact plus important que pourrait le laisser croire sa br\u00e8ve dur\u00e9e, son champ d\u2019action restreint, et sa r\u00e9cup\u00e9ration commerciale. Elle appara\u00eet comme la manifestation exotique, provocante et spectaculaire d\u2019une remise en question de la soci\u00e9t\u00e9 industrielle dans ses aspects les plus contraignants, tels que Toffler (2) les analyse: standardisation, sp\u00e9cialisation (ou technocratie), synchronisation de l\u2019homme (aux rythmes de la machine), concentration, maximalisation (big is beautiful!), centralisation. Curieusement on peut dire que la contestation de cette jeunesse am\u00e9ricaine, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60, tourn\u00e9e vers les philosophies orientales (adapt\u00e9es au go\u00fbt du jour) a pr\u00e9par\u00e9 mieux que mai 68 en France (car la critique n\u2019est pas sortie du syst\u00e8me cart\u00e9sien) le monde de demain tel que le d\u00e9finit Toffler dans <em>La Troisi\u00e8me vague<\/em> (2). Deux raisons parmi d\u2019autres moins importantes, peuvent d\u00e9fendre cette id\u00e9e a priori contestable: d\u2019une part cette jeunesse marginale a \u00abchamboul\u00e9\u00bb (\u00e0 sa mani\u00e8re) la notion du temps telle qu\u2019elle \u00e9tait appr\u00e9hend\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 industrielle, bien que cette derni\u00e8re fut d\u00e9j\u00e0 d\u00e9molie par la science; d\u2019autre part, elle a entra\u00een\u00e9 la prise de conscience du fait que s\u2019ouvrait devant nous une \u00e8re de l\u2019\u00abatomisation\u00bb des cultures. Enfin parmi leurs contributions partielles on peut aussi invoquer la lib\u00e9ralisation de la sexualit\u00e9 et l\u2019\u00e9laboration d\u2019une image du sexe masculin moins agressive, moins dominatrice.<\/p>\n<p>Nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 vivre rapidement, \u00e0 \u00eatre \u00absynchro\u00bb dans un monde de machines o\u00f9 \u00able temps, c\u2019est de l\u2019argent\u00bb, \u00e0 \u00eatre efficace, et \u00e0 obtenir la satisfaction de nos besoins mat\u00e9riels dans l\u2019instant: \u00abj\u2019appuie sur un bouton, j\u2019\u00e9claire\u00bb, \u00abj\u2019envoie un t\u00e9lex \u00e0 l\u2019autre bout du monde, le message parvient imm\u00e9diatement\u00bb\u2026 Dans ce contexte, il appara\u00eet plus difficile de faire accepter \u00e0 la masse en g\u00e9n\u00e9ral, et plus sp\u00e9cialement aux jeunes, que la satisfaction de nos droits humains, de notre plaisir, voire de nos phantasmes, soit comme par le pass\u00e9, diff\u00e9r\u00e9e au nom du sacro-saint rationaliste \u00abprincipe de r\u00e9alit\u00e9\u00bb (25). Ainsi il est vrai qu\u2019apr\u00e8s 2000 ans de mutisme forc\u00e9, les femmes revendiquent leurs droits et nomment un des leurs mouvements <em>Now<\/em>. En 1967, <em>H\u00e9lix<\/em> un journal de Seattle commente un concert rock: \u00ab<em>Les Doors<\/em> (26) crient dans un auditorium sombre ce que nous tous dans l\u2019underground murmurons plus doucement\u00a0 dans nos c\u0153urs! Nous voulons le monde et nous le voulons\u2026 maintenant! (27) De m\u00eame que le Living Theater au cours de sa tourn\u00e9e en 1968 proclame \u00ab<em>Paradise Now<\/em>\u00bb tandis que les graffiti sur les murs parisiens r\u00e9clament fr\u00e9n\u00e9tiquement \u00abl\u2019Imagination au pouvoir\u00bb. H\u00e9las! On l\u2019attend toujours. Cette exigence dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de la satisfaction des droits et des aspirations politiques trouve un parall\u00e8le dans l\u2019assouvissement des plaisirs sexuels, visuels, sonores. Elle est li\u00e9e au ph\u00e9nom\u00e8ne de la consommation, (publicit\u00e9 intensive, modes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, changements) qui en d\u00e9finitive reste ins\u00e9parable de l\u2019utilisation technologique.<\/p>\n<p>Chez les hippies, la drogue, combin\u00e9e \u00e0 la philosophie orientale (le <em>I Ching<\/em> \u00e9tait le livre supr\u00eame du \u00abMaintenant\u00bb) les conduisirent \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une autre perception de l\u2019Espace et du Temps. \u00ab\u00catre synchro\u00bb pour eux c\u2019\u00e9tait vivre dans l\u2019instant \u2014un moment supr\u00eame: <em>Le Kairos<\/em>. Ils avaient la sensation corporelle et spirituelle d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019unisson du Cosmos, d\u2019un autre\u00a0 monde o\u00f9 \u00e9taient abolies les barri\u00e8res entre le moi et le Non-moi, le Temps et l\u2019Espace, l\u2019Int\u00e9rieur et l\u2019Ext\u00e9rieur.<br \/>\nS\u2019il est exact que cette pens\u00e9e hippie a d\u00e9bouch\u00e9 essentiellement sur ce que Roszak (28) appelle un \u00abeasy-do Synchretism\u00bb, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019exp\u00e9rience des drogues, et les influences des philosophies orientales ont marqu\u00e9 une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re. Comme l\u2019\u00e9nergie de la pop musique des ann\u00e9es 60 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e au cours des ann\u00e9es 70 par le show-biz: la strat\u00e9gie de Madison Avenue \u00e9tant \u00abne leur vendez pas simplement un ouvre-bo\u00eete, vendez leur un nouveau style de vie\u00bb (29). L\u2019exp\u00e9rience psych\u00e9d\u00e9lique sera profitable au changement socio-culturel.<\/p>\n<div id=\"grabDiv1720203\">\n<div id=\"overlay-adzone\">\n<p>Dans le Blues-Rock la chanteuse \u00abJanis Joplin \u00e9tait vraiment vendue comme le symbole de tout ce qui \u00e9tait contre cette id\u00e9e m\u00eame du commerce. En fait, elle \u00e9tait commercialis\u00e9e pour son authenticit\u00e9: ce qui \u00e9tait \u00e9videmment une contradiction et contenait le germe d\u2019une authenticit\u00e9 institutionnalis\u00e9e qui deviendrait vite une forme d\u2019artifice\u00bb fait remarquer son amie et biographe Myra Friedman (30). Sa solution des \u00abd\u00e9fonces\u00bb \u00e0 l\u2019alcool et autres drogues qui conduisit bon nombre d\u2019artistes \u00e0 la mort, fut remplac\u00e9e \u00e0 l\u2019initiative du show-biz, par le culte de l\u2019artifice, des light-shows (ex: spectacle du groupe <em>Kiss<\/em>) du travestissement \u00e0 l\u2019Androgynie, et surtout par l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des modes, la saturation diversifi\u00e9e (multiplication des groupes) et le compartimentage \u00e9tiquet\u00e9 du march\u00e9. Parall\u00e8lement l\u2019exp\u00e9rience intuitive de l\u2019Espace et du Temps, la sensation de communiquer sans parole, d\u00e9couverte par la m\u00e9ditation orientale, les drogues et la musique vont \u00eatre mises \u00e0 profit\u00a0 dans les diff\u00e9rentes expressions artistiques des ann\u00e9es 70. Peintres, chor\u00e9graphes, musiciens d\u2019avant-garde, artistes de performances vont rechercher \u00e0 cr\u00e9er des effets hypnotiques par: la fixation, l\u2019atonalit\u00e9, la r\u00e9p\u00e9tition, le vide, la lumi\u00e8re ou les vibrations sonores, afin de procurer au spectateur une perception diff\u00e9rente (par le corps) et diversifi\u00e9e de l\u2019Espace et du Temps.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3>Culture \u00absurvolt\u00e9e\u00bb, culture \u00ab\u00e9clat\u00e9e\u00bb<\/h3>\n<p>La culture \u00absurvolt\u00e9e\u00bb conduit donc les hommes et les femmes d\u2019aujourd\u2019hui et plus encore ceux de demain \u00e0 se familiariser avec une nouvelle notion du temps qui refuse progressivement l\u2019id\u00e9e d\u2019un temps unique, lin\u00e9aire et universel. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration surgit. Elle se m\u00e9fie davantage des notions dictatoriales d\u2019objectivit\u00e9, de rationalisme sur lesquelles reposaient essentiellement la soci\u00e9t\u00e9 industrielle. Elle cherche \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019intuition, fait place \u00e0 la relativit\u00e9, \u00e0 une vision organique plut\u00f4t que m\u00e9caniste du monde, une approche globalisante. Est-ce une co\u00efncidence si cette conclusion d\u00e9fendue par Toffler est aussi celle du physicien Fritjof Capra, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Berkeley, dans son ouvrage <em>Le Tao de la Physique<\/em> (31). De surcro\u00eet, Capra d\u00e9montre que les notions essentielles des philosophies orientales n\u2019apparaissent pas en contradiction, voire sont en harmonie avec les conceptions mises en valeur par les th\u00e9ories les plus avanc\u00e9es de la physique nucl\u00e9aire: th\u00e9orie d\u2019Einstein, th\u00e9orie des quanta, hypoth\u00e8se du \u00abbootstrap\u00bb, relation d\u2019incertitude de Heisenberg etc., alors que nos id\u00e9es classiques provenant de la physique m\u00e9caniste et de la pens\u00e9e rationaliste ne sont pas ad\u00e9quates pour formuler une description de ces ph\u00e9nom\u00e8nes. Ainsi des courants d\u2019id\u00e9es \u00e0 premi\u00e8re vue inconciliables peuvent coexister. Toffler note que bien des aspects de la civilisation agraire (intitul\u00e9e 1\u00e8re vague): importance de la nature, sectes, petites communaut\u00e9s, spiritualisme, pourraient \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par la civilisation \u00e9lectronique (3e vague) et contribuer ainsi \u00e0 un meilleur \u00e9quilibre.<\/p>\n<p>L\u2019influence de l\u2019Orient sur la culture am\u00e9ricaine en particulier nous conduit \u00e0 consid\u00e9rer une derni\u00e8re caract\u00e9ristique de la nouvelle culture qui s\u2019instaure. La culture \u00absurvolt\u00e9e\u00bb est, et deviendra sans doute plus encore une culture \u00ab\u00e9clat\u00e9e\u00bb. Cette culture \u00abatomis\u00e9e\u00bb (32) nous avons l\u2019espoir qu\u2019elle ne tournera pas en conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats de groupuscules, mais qu\u2019elle s\u2019orientera plut\u00f4t vers un enrichissement, une diversification des produits culturels, consommables selon les aspirations. Ce n\u2019est pas un hasard si les ph\u00e9nom\u00e8nes de contre-cultures et sous-cultures se sont manifest\u00e9s avec le plus d\u2019ampleur, de cr\u00e9ativit\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, et de l\u00e0 ont parfois obtenu audience internationale. Les USA sont un v\u00e9ritable melting-pot des races et des cultures (33). Loin d\u2019\u00eatre un handicap, comme on l\u2019a longtemps pens\u00e9, les minorit\u00e9s contribuent \u00e0 la vitalit\u00e9 du pays. Ayant de plus en plus l\u2019acc\u00e8s aux m\u00e9dias, dans un pays o\u00f9 ces techniques sont les plus avanc\u00e9es et les plus diffus\u00e9es, ces groupes peuvent (avec difficult\u00e9 certes, mais finalement mieux qu\u2019ailleurs) d\u00e9fendre leur identit\u00e9 culturelle et leur id\u00e9ologie politique. Il en est de m\u00eame des sectes religieuses et des autres groupuscules. On doit esp\u00e9rer que partout dans le monde les minorit\u00e9s puissent un jour avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019expression en cr\u00e9ant un nouveau produit de synth\u00e8se compos\u00e9 d\u2019ethnicit\u00e9 et de technicit\u00e9, (notamment celle relative aux communications afin de ne pas demeurer inconnu, isol\u00e9) et contribuer ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un nouveau regard qui se m\u00e9fierait des crit\u00e8res uniformisant de l\u2019Art international d\u00e9nonc\u00e9s maintes fois par Pierre Gaudibert (34).<\/p>\n<h3>Notes<\/h3>\n<p>20. Aussi bien\u00a0 l\u2019album <em>Sergent Pepper<\/em> des Beattles que la musique des groupes: Jefferson Airplane, Mother of Invention, Grateful Dead, Electric Flag, etc.<br \/>\n21. Brion Gysin po\u00e8te am\u00e9ricain, cr\u00e9ateur des audio-po\u00e8mes (1957), puis avec son ami Burroughs des \u00abcut-ups\u00bb pour brouiller le langage (1958), voir aussi note 39 [et article Brion Gysin, \u00abDream Machine\u00bb]<br \/>\n22. 23. 24. Propos attribu\u00e9s \u00e0 Ken Kesey (auteur du <em>Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou<\/em>] dans l\u2019ouvrage de Tom Wolfe, <em>The Electric Kool-Aid Acide Test<\/em><br \/>\n2. cit\u00e9 dans Alvin Toffler, <em>La troisi\u00e8me vague<\/em>, Deno\u00ebl Gonthier, 1980<br \/>\n25. Sur ce sujet voir Roszak, <em>The making of a counter culture. Reflections on the technocratic society and its youthful opposition<\/em>, Faber and Faber, London, 1970, chapitre \u00abThe Dialectics of Liberation\u00bbet sp\u00e9cialement les paes concernant Marcuse et Brown, pp. 103-104.<br \/>\n26. <em>Les Doors<\/em>, groupe de rock, dont le leader \u00e9tait le musicien-po\u00e8te Jim Morrisson, avait pris leur nom du livre d\u2019Huxley, <em>Doors of Perception<\/em>, 1954<br \/>\n27. 28. 29. ouvrage cit\u00e9 (note 25)<br \/>\n30. Myra Friedman, <em>Janis Joplin<\/em>, Albin Michel, coll. Rock et Folk, 1995<br \/>\n31. Fritjof Capra, Le Tao de la physique, Tchou, 1979. L\u2019\u00e9dition de langue anglaise date de 1975.<br \/>\n32. Bien s\u00fbr un autre sc\u00e9nario est possible, celui de voir un monde de plus en plus centralis\u00e9 par la pr\u00e9sence de gros ordinateurs concentrant les connaissances. Toffler le rejette mais le danger existe\u2026 De m\u00eame il est plus probable que l\u2019on assistera \u00e0 une multitude d\u2019expressions minoritaires plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une culture de m\u00e9tissage difficile \u00e0 r\u00e9aliser en raison de la multiplicit\u00e9 des composantes.<br \/>\n33. Ainsi la population de Chicago comporte 39,8% de Noirs et 14% d\u2019Hispaniques (1981), celle de New York City 25,1% de Noirs, 7% de Juifs, 19% d\u2019Hispaniques (1980).<br \/>\n34. Entre autres au cours de sa conf\u00e9rence sur la culture du Tiers Monde le 17 f\u00e9vrier 1983 au Centre Pompidou, Paris.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article de Gladys C. Fabre, historienne d\u2019art free lance, est paru dans le catalogue de l\u2019exposition Electra, Mus\u00e9e d\u2019art moderne de la Ville de Paris, 1983, pp. 206-226. C\u2019est une sorte d\u2019\u00e9loge argument\u00e9 de la culture pop et underground am\u00e9ricaine, du mouvement hippy, \u00e0 l\u2019\u00ab\u00e8re de la joie \u00e9lectrique\u00bb. Comme en \u00e9cho au texte &hellip; <a href=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/page-d-exemple\/24-2\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">24. Gladys C. Fabre. 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