{"id":428,"date":"2026-04-01T14:29:42","date_gmt":"2026-04-01T12:29:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/?page_id=428"},"modified":"2026-04-01T14:36:56","modified_gmt":"2026-04-01T12:36:56","slug":"24-3","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/page-d-exemple\/24-3\/","title":{"rendered":"25. Brion Gysin. The Dream Machine"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.ubu.com\/film\/gysin_flicker.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Brion Gysin,<\/a> artiste et po\u00e8te, publie l\u2019article \u00abThe Dream Machine : A Hallucinating Gift to the Readers\u00bb, \u2014\u00e0 propos de sa machine lumineuse \u00e0 <em>flicker<\/em>\u2014, dans la revue, <em>Olympia<\/em>, <em>A monthly review from Paris<\/em>, n\u00b02, janvier 1962, pp. 31-32 [extrait traduit par Jean-Fran\u00e7ois Allain, paru dans le catalogue de l\u2019exposition Sons et lumi\u00e8res, p. 220, Centre Pompidou, 2005]<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-432\" src=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/4N05062_normal-1.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"529\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/4N05062_normal-1.jpg 378w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/4N05062_normal-1-227x300.jpg 227w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-433\" src=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/C000011640.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"533\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/C000011640.jpg 480w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/C000011640-225x300.jpg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p>La <em>Dreamachine<\/em><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, dans le car qui allait \u00e0 Marseille, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pris dans une temp\u00eate transcendantale de visions color\u00e9es. Nous suivions une longue avenue bord\u00e9e d\u2019arbres et je fermais les yeux face au soleil couchant. J\u2019ai alors \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9 par un afflux extraordinaire de motifs d\u2019une luminosit\u00e9 intense, dans des couleurs surnaturelles, qui explosaient derri\u00e8re mes paupi\u00e8res: un kal\u00e9\u00efdoscope multidimensionnel tourbillonnant dans l\u2019espace. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 hors du temps. Je planais dans un monde infini. La vision s\u2019est arr\u00eat\u00e9e brusquement, d\u00e8s que nous avons d\u00e9pass\u00e9 les arbres. \u00c9tait-ce une vision? Que m\u2019\u00e9tait-il arriv\u00e9?\u00bb<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce que j\u2019\u00e9crivais dans mon journal \u00e0 la date du 21 d\u00e9cembre 1958.\u2028\u2028 Je compris exactement ce qui m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 quand, en 1960, William Burroughs me fit lire <em>The Living Brain<\/em>, de Gray (sic) Walter. J\u2019appris que j\u2019avais subi l\u2019effet d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>flicker<\/em> [clignotement], non pas au moyen d\u2019un stroboscope mais du fait que, un certain nombre de fois par seconde, la lumi\u00e8re du soleil avait \u00e9t\u00e9 interrompue par les arbres r\u00e9guli\u00e8rement espac\u00e9s que j\u2019avais long\u00e9s. Il y avait une chance sur plusieurs millions pour que \u00e7a arrive. Cette exp\u00e9rience a profond\u00e9ment modifi\u00e9 le contenu et le style de ma peinture. De ce point de vue, Walter \u00e9met une magnifique hypoth\u00e8se: \u00abPeut-\u00eatre, d\u2019une mani\u00e8re semblable, nos cousins arboricoles, frapp\u00e9s par le soleil couchant en batifolant dans la jungle, ont-ils quitt\u00e9 leur position perch\u00e9e pour devenir des singes des plaines, plus tristes mais plus intelligents.\u00bb<\/p>\n<p>Ian Sommerville, qui, lui aussi, avait lu Walter, m\u2019\u00e9crivit de Cambridge le 15 f\u00e9vrier 1960: \u00abJ\u2019ai fabriqu\u00e9 une machine \u00e0 <em>flicker<\/em> toute simple; un cylindre en carton muni de fentes et contenant une ampoule, qui tourne sur un gramophone \u00e0 soixante-dix huit tours par minute. On la regarde les yeux ferm\u00e9s et le flicker se produit sur les paupi\u00e8res. Les visions commencent par un kal\u00e9\u00efdoscope de couleurs sur un plan situ\u00e9 devant les yeux, et elles gagnent progressivement en complexit\u00e9 et en beaut\u00e9, s\u2019\u00e9crasant comme une vague sur la berge, jusqu\u2019\u00e0 ce que des motifs color\u00e9s entiers viennent s\u2019engouffrer. Un moment apr\u00e8s, les visions persistaient derri\u00e8re mes yeux; j\u2019\u00e9tais au beau milieu de la sc\u00e8ne, des motifs infinis prenant forme autour de moi. J\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 pendant un moment une sensation de mouvement spatial presque insupportable, mais cela en valait la peine car j\u2019ai constat\u00e9, quand \u00e7a s\u2019est arr\u00eat\u00e9, que je me trouvais tr\u00e8s haut au-dessus de la Terre, dans un flamboiement de splendeur universelle. Ensuite, je me suis rendu compte que ma perception du monde environnant s\u2019\u00e9tait nettement accrue. Tout sentiment de lassitude ou de fatigue s\u2019\u00e9tait dissip\u00e9\u2026\u00bb<\/p>\n<p>\u00c1 partir de la description qu\u2019il me donnait ensuite, j\u2019ai fabriqu\u00e9 une \u00abmachine\u00bb, et j\u2019y ai ajout\u00e9 un cylindre int\u00e9rieur recouvert d\u2019une peinture dans le style que je d\u00e9veloppais depuis ma premi\u00e8re exp\u00e9rience de <em>flicker<\/em>, trois ans plus t\u00f4t. Le r\u00e9sultat obtenu, yeux ouverts ou yeux ferm\u00e9s, justifiait de d\u00e9poser un brevet. Le 18 juillet 1961, j\u2019ai enregistr\u00e9 le brevet n\u00b0PV 868 281, intitul\u00e9 <em>Proc\u00e9dure et appareil pour la production de sensations visuelles artistiques<\/em>. La description officielle de cette <em>Dream Machine<\/em> [Machine \u00e0 r\u00eaver] explique notamment:<\/p>\n<p>\u00abCette invention, qui a des applications artistiques et m\u00e9dicales, a ceci de remarquable que l\u2019on obtient des r\u00e9sultats perceptibles en approchant les yeux, ouverts ou ferm\u00e9s, du cylindre ext\u00e9rieur, muni de fentes r\u00e9guli\u00e8rement espac\u00e9es et tournant \u00e0 une vitesse d\u00e9termin\u00e9e. Ces sensations peuvent \u00eatre modifi\u00e9es en changeant la vitesse, en changeant la disposition des fentes, ou en changeant les couleurs et les motifs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cylindre\u2026<\/p>\n<p>Le <em>flicker<\/em> peut s\u2019av\u00e9rer un outil fiable de psychologie pratique: certaines personnes voient, d\u2019autres non. La <em>Dream Machine<\/em>, avec ses motifs visibles les yeux ouverts, incite les gens \u00e0 voir. Les \u00e9l\u00e9ments fluctuants du motif qui clignote encouragent l\u2019apparition de \u00abfilms\u00bb autonomes, extr\u00eamement agr\u00e9ables et \u00e9ventuellement instructifs pour le spectateur.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que l\u2019art? Qu\u2019est-ce que la couleur? Qu\u2019est-ce que la vision? Ces vieilles questions exigent de nouvelles r\u00e9ponses quand, \u00e0 la lumi\u00e8re de la <em>Dream Machine<\/em>, on peut voir les yeux ferm\u00e9s la totalit\u00e9 de l\u2019art abstrait, ancien et moderne.<\/p>\n<p>Dans la <em>Dream Machine<\/em>, il n\u2019est rien qui semble unique. Les \u00e9l\u00e9ments, per\u00e7us selon une r\u00e9p\u00e9tition infinie, tournant en boucle un nombre incalculable de fois, apparaissent plut\u00f4t de ce fait comme faisant partie du tout. On se rapproche certainement de la vision dont parlent les mystiques, et de la fa\u00e7on dont ils \u00e9voquent le caract\u00e8re unique de leur exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>On a confondu l\u2019art avec l\u2019objet d\u2019art \u2014la pierre, la toile, la peinture\u2014, et on lui a donn\u00e9 une valeur parce que, comme l\u2019exp\u00e9rience mystique, il est cens\u00e9 \u00eatre unique. Marcel Duchamp est sans doute le premier \u00e0 avoir reconnu une part d\u2019infini avec les readymade, c\u2019est-\u00e0-dire les objets industriels fabriqu\u00e9s en s\u00e9ries \u00abinfinies\u00bb. La <em>Dream Machine<\/em> peut tr\u00e8s bien vous faire voir une s\u00e9rie sans fin de jets de gaz br\u00fblant d\u2019une flamme surnaturelle, mais qualifier un jet de gaz \u00abd\u2019objet d\u2019art unique\u00bb en lui apposant la signature de l\u2019artiste, c\u2019est commettre l\u2019erreur \u00e9l\u00e9mentaire de confondre le monde tangible et le monde visible.<\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re exp\u00e9rience de <em>flicker<\/em> naturel \u00e0 travers les arbres m\u2019a fait comprendre que la seule et unique chose que l\u2019on ne puisse pas retirer \u00e0 l\u2019image, c\u2019est la lumi\u00e8re. Tout le reste peut \u00eatre totalement transmu\u00e9, voire dispara\u00eetre. La <em>Dream Machine<\/em> peut entra\u00eener une alt\u00e9ration de la conscience dans la mesure o\u00f9 elle repousse les limites du monde visible; elle peut m\u00eame prouver, en fait, qu\u2019il n\u2019y a pas de limites.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 soumis au <em>flicker<\/em> plusieurs centaines d\u2019heures, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 Gray Walter et \u00e0 sa vision des premiers singes mutants, chass\u00e9s des arbres de la for\u00eat primitive par l\u2019effet de <em>flicker<\/em> produit par le soleil \u00e0 travers les branches, et j\u2019ai \u00e9crit:<\/p>\n<p>\u00abUn singe tr\u00e8s r\u00e9ceptif a touch\u00e9 le sol, et l\u2019impact lui a fait exprimer un mot. Peut-\u00eatre avait-il la gorge irrit\u00e9e. Il a parl\u00e9. Le Verbe a \u00e9t\u00e9 son commencement. Il a regard\u00e9 autour de lui et il a vu le monde diff\u00e9remment. Il \u00e9tait devenu un autre singe. Maintenant je regarde autour de moi, et je vois ce monde diff\u00e9remment. Les couleurs sont plus vives et plus intenses, les feux de la circulation rutilent la nuit comme d\u2019immenses bijoux. Le singe est devenu un homme. Il doit \u00eatre possible de devenir quelque chose de plus qu\u2019un homme.\u00bb<\/p>\n<p>Brion Gysin. 1962<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Brion Gysin, artiste et po\u00e8te, publie l\u2019article \u00abThe Dream Machine : A Hallucinating Gift to the Readers\u00bb, \u2014\u00e0 propos de sa machine lumineuse \u00e0 flicker\u2014, dans la revue, Olympia, A monthly review from Paris, n\u00b02, janvier 1962, pp. 31-32 [extrait traduit par Jean-Fran\u00e7ois Allain, paru dans le catalogue de l\u2019exposition Sons et lumi\u00e8res, p. 220, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/page-d-exemple\/24-3\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">25. Brion Gysin. 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