{"id":439,"date":"2026-04-01T14:36:21","date_gmt":"2026-04-01T12:36:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/?page_id=439"},"modified":"2026-04-01T14:45:38","modified_gmt":"2026-04-01T12:45:38","slug":"26-rozenn-canevet-corps-exposes","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/page-d-exemple\/26-rozenn-canevet-corps-exposes\/","title":{"rendered":"26. Rozenn Canevet. Corps expos\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-443\" src=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/5750_11.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"604\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/5750_11.jpg 530w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/5750_11-199x300.jpg 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p>L\u2019appellation <em>Machine Poetry<\/em> d\u00e9signe une \u00e9mancipation de la parole, une lib\u00e9ration du mot (1) \u00e0 l\u2019instar de la lib\u00e9ration de l\u2019image qui dans le cylindre ajour\u00e9 de la <a href=\"file:\/\/\/Users\/jean-louisboissier\/Desktop\/codeleurslumieres\/index%EF%B9%96page_id=2042.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Dreamachine<\/a>\u00a0 se d\u00e9veloppe dans un nouvel espace-temps, bas\u00e9 sur une cadence bien particuli\u00e8re: celle de la r\u00e9p\u00e9tition. Notion fondatrice de l\u2019\u0153uvre en g\u00e9n\u00e9ral de Gysin, la r\u00e9p\u00e9tition favorise une expulsion, une ex-piration de la conscience par les sens et g\u00e9n\u00e8re un nouveau r\u00e9gime de vision du monde r\u00e9gul\u00e9 sous un mode expansif:<\/p>\n<p>\u00abNos anc\u00eatres ont vu des cr\u00e9atures dans les constellations, selon l\u2019agencement apparemment inorganis\u00e9 des \u00e9toiles. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 exp\u00e9rimentalement qu\u2019en regardant des points blancs dispos\u00e9s de fa\u00e7on al\u00e9atoire sur un \u00e9cran, l\u2019homme a tendance \u00e0 trouver un motif ou une image l\u00e0 o\u00f9, objectivement, il n\u2019y a rien. Son processus mental fa\u00e7onne ce qu\u2019il voit. Les r\u00e9sonateurs ext\u00e9rieurs, tel le <em>flicker<\/em>, entrent en phase avec nos rythmes int\u00e9rieurs et entra\u00eenent leur extension.\u00bb (2)<\/p>\n<p>L\u2019expansion de la lumi\u00e8re sur la r\u00e9tine filtr\u00e9e par la peau de la paupi\u00e8re fait d\u2019elle un film sensible \u00e0 celle-l\u00e0 et fait du corps du spectateur un \u00e9cran pour la projection de ces formes lumineuses qui appellent \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation subjective. Ainsi, entre l\u2019\u0153uvre et celui qui l\u2019exp\u00e9rimente, un mode communicationnel singulier s\u2019instaure, posant en quelque sorte un jalon dans l\u2019interrogation formul\u00e9e par Jean-Christophe Royoux: \u00c0 partir de quand peut-on dire d\u2019une \u0153uvre qu\u2019elle devient communicable, au point que le spectateur se trouve expos\u00e9 par elle? (3) En 1998, Cerith Wyn Evans, artiste adepte de la citation, a propos\u00e9 une version sophistiqu\u00e9e de la <em>Dreamachine<\/em>. Construite selon les instructions de Gysin (rencontr\u00e9 en 1985) avec des mat\u00e9riaux contemporains, elle d\u00e9note d\u2019une volont\u00e9 de la part d\u2019Evans \u00e0 ne pas rel\u00e9guer la <em>Dreamachine<\/em> au statut de relique. Elle s\u2019exp\u00e9rimente dans un environnement propice \u00e0 la d\u00e9tente: chaises, tatamis, s\u00e9lection de films. Le spectateur est invit\u00e9 \u00e0 regarder les lumi\u00e8res clignotantes de la machine avec les yeux ferm\u00e9s: <em>keep your eyes closed<\/em> \u2014Evans d\u00e9crit la <em>Dreamachine<\/em> comme \u00abpeut-\u00eatre le premier objet au monde fait pour \u00eatre vu les yeux ferm\u00e9s\u00bb\u2014 et comme pour le mod\u00e8le de Gysin, des formes abstraites surgissent sous les paupi\u00e8res, activatrices d\u2019un imaginaire visuel aveugle.<\/p>\n<h3>\u00abMachines \u00e0 confusion\u00bb de Carsten H\u00f6ller<\/h3>\n<h3><span style=\"font-size: 17px; font-weight: 400;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-447\" src=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/3D2.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/3D2.jpg 344w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/3D2-300x247.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/span><\/h3>\n<p>Carsten H\u00f6ller, <em style=\"font-size: 17px; font-weight: 400;\">[mac] Phi Wall<\/em><span style=\"font-size: 17px; font-weight: 400;\">, 2004<\/span><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette r\u00e9appropriation, on retrouve les m\u00eames th\u00e8mes de l\u2019\u00e9largissement de la vision, du corps-\u00e9cran, de la cadence r\u00e9p\u00e9titive, du transfert d\u2019une exp\u00e9rience aux effets similaires \u00e0 des modificateurs de la conscience dans une \u0153uvre. Tous ont en commun cette volont\u00e9 d\u2019expansion, d\u2019\u00e9largissement de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique qui consid\u00e8re le corps du spectateur comme un \u00e9l\u00e9ment central de leurs d\u00e9marches. N\u00e9anmoins, \u00e0 cette filiation s\u2019adjoint une dimension critique envers l\u2019esprit psych\u00e9d\u00e9lique des ann\u00e9es soixante dont la connotation quelque peu \u00e9sot\u00e9rique et exalt\u00e9e laisse aujourd\u2019hui songeur. Par exemple, <a href=\"http:\/\/www.airdeparis.com\/holler\/mac\/mac.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">plusieurs pi\u00e8ces<\/a> de Carsten H\u00f6ller questionnent l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de la perception d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 donn\u00e9e sous un mode scopique: <em>[mac] Phi Wall<\/em> (ensemble de points clignotants de couleur qui s\u2019allument selon un principe de d\u00e9calages temporels), <em>Moving Image<\/em> (projection d\u2019une diapositive au travers d\u2019un disque rotatif perfor\u00e9 qui donne l\u2019illusion d\u2019une image en mouvement, pr\u00e9cis\u00e9ment celle de Mohamed Ali mettant K.O. George Foreman \u00e0 Kinshasa en 1974, ou encore <em>Flicker Film<\/em> (double projection synchronis\u00e9e de deux films identiques). <em>Z\u00f6llner Stripes<\/em> est une pi\u00e8ce environnementale dont les murs blancs sont peints d\u2019un motif d\u2019illusion optique sur le parall\u00e9lisme: des lignes droites et noires hachur\u00e9es. <em>The Forest<\/em> permet d\u2019exp\u00e9rimenter la vision monoculaire et simultan\u00e9e de deux films diff\u00e9rents gr\u00e2ce \u00e0 une paire de lunettes \u00e9quip\u00e9es sur chaque verre d\u2019un mini-\u00e9cran \u00e0 cristaux liquides. On \u00e9volue dans une for\u00eat enneig\u00e9e, selon un principe de r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 ce que le film se scinde. D\u00e8s lors, les angles de vue et les couleurs des deux films se d\u00e9doublent, chaque image r\u00e9tinienne s\u2019autonomisant. Le visiteur peut ainsi doubler sa vision du monde en intervenant sur le processus naturel de vision st\u00e9r\u00e9oscopique. Si la vision commence dans l\u2019\u0153il, c\u2019est le cerveau qui utilise ces propri\u00e9t\u00e9s pour fournir une description unifi\u00e9e des objets. Cette fonction c\u00e9r\u00e9brale qui consiste \u00e0 cr\u00e9er une image unique \u00e0 partir de deux images r\u00e9tiniennes est \u00e9galement la cl\u00e9 de la perception du relief et de la profondeur de champ, ce qu\u2019on appelle la vision st\u00e9r\u00e9oscopique. Par leurs positions respectives, les deux yeux ne distinguent pas exactement la m\u00eame image d\u2019un objet, leur angle de vis\u00e9e \u00e9tant diff\u00e9rent. Le cerveau ne se contente pas de m\u00e9langer les deux images, il compare aussi les points de vue, introduisant ainsi une nouvelle dimension: le relief des objets et la distance \u00e0 laquelle ils se trouvent s\u2019ajoutent \u00e0 la perception visuelle du monde. Gr\u00e2ce \u00e0 sa formation initiale, Carsten H\u00f6ller ma\u00eetrise parfaitement ces acquis scientifiques. (4)<br \/>\nSi le mim\u00e9tisme avec des recherches scientifiques est clairement assum\u00e9, l\u2019enjeu de la d\u00e9marche de Carsten H\u00f6ller est toute autre. Pour lui, il ne s\u2019agit pas d\u2019investir la sph\u00e8re artistique avec ses instruments d\u2019exp\u00e9riences de laboratoire pour leur simple attraction formelle mais, a contrario, d\u2019\u00e9prouver leurs limites d\u2019application, de les remettre en cause, d\u2019\u0153uvrer dans cet entre-deux qu\u2019est l\u2019aire du doute, de p\u00e9n\u00e9trer ces espaces d\u2019ind\u00e9cisions pour que l\u2019\u00e9v\u00e9nement fasse acte. L\u2019\u00e9v\u00e9nement de l\u2019incertitude, de la suspicion d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 telle que l\u2019\u0153il la transmet au cerveau. Face \u00e0 ces \u00abmachines \u00e0 confusion\u00bb, quelles attitudes le visiteur choisit et\/ou investit? Quels comportements adopte-t-il vis-\u00e0-vis d\u2019un tel d\u00e9conditionnement? Interroger des acquis qui semblent immuables, ne pas apporter de r\u00e9ponses mais en tirer des exp\u00e9riences, telles sont les seules r\u00e8gles que se fixe cet artiste pour \u00abproduire une culture du doute \u00e9mancip\u00e9e de celle de la productivit\u00e9.\u00bb (5)<\/p>\n<h3><em>Lichtecke<\/em> (angle de lumi\u00e8re)<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-448 size-full\" src=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/carsten_hoeller_beuningen.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"257\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/carsten_hoeller_beuningen.jpg 400w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/carsten_hoeller_beuningen-300x193.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/p>\n<p>Carsten H\u00f6ller, <em>Lichtecke<\/em>, 2001<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce <em>Lichtecke<\/em> (angle de lumi\u00e8re), r\u00e9alis\u00e9e en 2001, est celle qui partage le plus spectaculairement la dimension du corps-\u00e9cran avec la <em>Dreamachine<\/em> de Gysin: cent vingt-huit ampoules \u00e9lectriques de vingt-cinq watts recouvrent la surface de deux murs d\u2019angles. On pourrait rapprocher cela de la mani\u00e8re dont le soleil a servi de point cosmique pour les alignements des civilisations zapot\u00e8ques. Leur variation d\u2019intensit\u00e9 est synchronis\u00e9e avec le mouvement de l\u2019activit\u00e9 neuronale humaine. \u00c0 la diffusion de lumi\u00e8re produite s\u2019ajoute celle de la chaleur. Le dispositif de H\u00f6ller fonctionne ainsi comme un pi\u00e8ge visuel qui fait, de celui qui s\u2019y laisse capturer, un papillon de nuit qui risque de br\u00fbler ses ailes. Celui qui s\u2019y expose n\u2019a d\u2019autre choix que de baisser les paupi\u00e8res pour parer \u00e0 l\u2019aveuglement. D\u00e8s lors, cet angle de lumi\u00e8re g\u00e9n\u00e8re un certain nombre de stimuli auquel le cerveau ne peut se soustraire et provoque l\u2019apparition incontr\u00f4lable de ph\u00e9nom\u00e8nes optiques proches de ceux d\u00e9crits par Gysin. Pour autant, si Carsten H\u00f6ller explore les m\u00e9canismes de la perception humaine en r\u00e9v\u00e9lant (par expansion et extension) les sensations physiologiques qui la conditionnent, c\u2019est dans une dimension qui est certainement plus agressive pour le corps que celle, promue par Gysin, ancr\u00e9e dans le psych\u00e9d\u00e9lisme. Si le corps se fait \u00e9cran, ce n\u2019est pas pour l\u2019amener \u00e0 un \u00e9tat de conscience \u00e9largie vers la r\u00eaverie ou l\u2019imaginaire mais pour lui faire conscientiser ses modalit\u00e9s de perception et de r\u00e9action dans un environnement aux conditions presque corrosives. Pr\u00e9sent\u00e9e lors de l\u2019exposition <em>Subr\u00e9el<\/em> sous le titre <em>Light Corner<\/em>, cette installation faisait l\u2019objet d\u2019une mise en garde: Il est d\u00e9conseill\u00e9 aux individus sujets \u00e0 l\u2019\u00e9pilepsie d\u2019\u00eatre en contact avec cette \u0153uvre. Fran\u00e7ois Piron, co-curateur de l\u2019exposition avec Nathalie Ergino, l\u2019a d\u00e9crite ainsi:<\/p>\n<p>\u00ab<em>Light Corner<\/em> repose sur un principe extr\u00eamement simple, et scientifiquement anachronique.\u00a0C\u2019est l\u2019agrandissement d\u2019un dispositif de test de l\u2019\u00e9pilepsie qui date des ann\u00e9es 1930, bas\u00e9 sur un clignotement de lumi\u00e8res \u00e0 la fr\u00e9quence de 7,8Hz pour d\u00e9tecter des r\u00e9actions \u00e9pileptiques. L\u2019efficacit\u00e9 de ce dispositif agrandi ne doit pas faire oublier qu\u2019il s\u2019agit avant tout d\u2019un choix formel et d\u2019un commentaire sur l\u2019art optique. C\u2019est aussi selon moi un commentaire sur une relation refoul\u00e9e entre un certain positivisme scientiste et un syst\u00e8me de croyance, un mysticisme qui a toujours \u00e9t\u00e9 intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 l\u2019acquisition de nouvelles technologies et au d\u00e9veloppement de la connaissance.\u00bb (6)<\/p>\n<h3>For\u00eat \u00e9pileptique<\/h3>\n<h3><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-450\" src=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/Foret.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"397\" srcset=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/Foret.jpg 500w, https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/wp-content\/uploads\/sites\/9\/2026\/04\/Foret-300x199.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 17px; font-weight: 400;\">Christophe Berdaguer &amp; Marie P\u00e9jus, <\/span><em style=\"font-size: 17px; font-weight: 400;\">For\u00eat \u00e9pileptique<\/em><span style=\"font-size: 17px; font-weight: 400;\">, 1998<\/span><\/p>\n<p>Des artistes comme Christophe Berdaguer &amp;t Marie P\u00e9jus se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la dimension agressive et dangereuse d\u2019une exposition du corps \u00e0 des fr\u00e9quences lumineuses stroboscopiques. Leur <em>For\u00eat \u00e9pileptique<\/em> [fig.62] propose une version extr\u00eame de la cadence r\u00e9p\u00e9titive li\u00e9e \u00e0 l\u2019alternance r\u00e9guli\u00e8re d\u2019ombre et de lumi\u00e8re:<\/p>\n<p>\u00abCette installation a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1998. Le dispositif comprend une trentaine de stroboscopes de tr\u00e8s forte puissance r\u00e9partis dans une zone de for\u00eat suffisamment importante pour que les promeneurs puissent se perdre, aucun son n\u2019est diffus\u00e9, les fr\u00e9quences des stroboscopes sont r\u00e9gl\u00e9es sur des rythmes de flash r\u00e9pertori\u00e9s comme pouvant d\u00e9clencher des crises d\u2019\u00e9pilepsies photosensibles, ces fr\u00e9quences oscillent entre neuf et douze hertz.\u00bb (7)<\/p>\n<p>De cette installation qui joue sur l\u2019aveuglement, la perte de rep\u00e8res par \u00e9blouissement ou obscurit\u00e9, r\u00e9sulte une vid\u00e9o. Celle-ci, projet\u00e9e sur un pan de mur du sol au plafond, reproduit cette exp\u00e9rience en travaillant sur ce rythme particulier du stroboscope qui alterne persistances r\u00e9tiniennes et flashs. Comme pour l\u2019angle de lumi\u00e8re de Carsten H\u00f6ller, la <em>For\u00eat \u00e9pileptique<\/em> se fait corps agressif et sa r\u00e9ception g\u00e9n\u00e8re obligatoirement des anticorps qu\u2019il est impossible d\u2019ignorer pour celui qui les exp\u00e9rimente. Pour autant, cette notion d\u2019agressivit\u00e9 ou de danger reste relative et suggestive, comme le confirme Fran\u00e7ois Piron:<\/p>\n<p>\u00abPour Carsten H\u00f6ller, nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de pr\u00e9venir les personnes sujettes \u00e0 l\u2019\u00e9pilepsie de ne pas s\u2019exposer \u00e0 cette \u0153uvre. Cela reste sp\u00e9culatif car selon moi, ce n\u2019est pas l\u2019id\u00e9e d\u2019un r\u00e9el danger qui est int\u00e9ressante, mais plut\u00f4t la sensation de basculement, d\u2019alt\u00e9ration.\u00bb (8)<\/p>\n<p>Si ce qui int\u00e9resse Fran\u00e7ois Piron n\u2019est pas d\u2019\u00e9vanouir le spectateur mais bien plut\u00f4t le fait qu\u2019il y pense, c\u2019est aujourd\u2019hui un mode de faire artistique paradigmatique de ces artistes. On est bien plus dans une approche suggestive qu\u2019affirmative qui s\u2019ins\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019entre-deux qui existe entre la croyance et le doute. C\u2019est le fr\u00f4lement avec le potentiel d\u2019un possible, l\u2019\u00e9mergence d\u2019un hypoth\u00e9tique danger qui vient stimuler la conscience subjectivante du spectateur expos\u00e9 par l\u2019\u0153uvre. Dans la<em> For\u00eat \u00e9pileptique<\/em>, au-del\u00e0 de l\u2019id\u00e9e d\u2019une sensibilisation du corps qui devient photosensible et de ses r\u00e9actions d\u00e9fensives \u00e0 cet environnement, surgit une imagerie surprenante, non par sa forme, mais par la relation qu\u2019elle compose avec son sujet: les branches d\u2019arbres illumin\u00e9es par les stroboscopes apparaissent comme autant de synapses irriguant le cerveau. On est donc l\u00e0 dans un syst\u00e8me de repr\u00e9sentation en circuit ferm\u00e9. Comme l\u2019expliquent Berdaguer &amp; P\u00e9jus:<\/p>\n<p>\u00abL\u2019espace est une repr\u00e9sentation de ce qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re. \u00bb (9 )<\/p>\n<p>On exp\u00e9rimente la repr\u00e9sentation (ou son \u00e9vocation all\u00e9gorique) de la r\u00e9action produite par cette m\u00eame exp\u00e9rience. Le fait d\u2019\u00eatre expos\u00e9 \u00e0 (et par) ces \u0153uvres place l\u2019individu dans une situation de retour \u00e0 soi, face \u00e0 son libre-arbitre. Le phototropisme (r\u00e9action \u00e9l\u00e9mentaire d\u2019attirance \u00e0 partir d\u2019un stimulus lumineux) n\u2019est pas rigide. Malgr\u00e9 leur insinuante pr\u00e9sence, ces diff\u00e9rents p\u00f4les oblig\u00e9s de l\u2019espace physique ou social ne sont pas vraiment d\u00e9terminants: il est toujours possible de refuser de se diriger vers le soleil\u2026<\/p>\n<p>R.C.<br \/>\nDoctorante en esth\u00e9tique, Rozenn Canevet est enseignante \u00e0 l\u2019Esad de Reims et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris 8\u00a0 St Denis-Vincennes.<\/p>\n<h3>Notes<\/h3>\n<p>1. \u00c0 ce sujet, Sophie Duplaix observe: \u00abIl n\u2019est sans doute pas anodin que le r\u00e9cit de l\u2019origine des Permutations remonte, selon Gysin, \u00e0 la lecture du livre d\u2019Aldous Huxley, <em>The Doors of Perception<\/em>, lecture au cours de laquelle l\u2019artiste serait tomb\u00e9 en arr\u00eat devant la tautologie divine: \u00abI am that i am\u00bb, cit\u00e9e par l\u2019\u00e9crivain. Les mots permut\u00e9s, dans les infinies combinaisons des programmes informatiques que leur applique, aux c\u00f4t\u00e9s de Gysin, Ian Sommerville, lib\u00e8rent le sens et la parole, qui ne lui est plus assujettie. La <em>Dreamachine<\/em> lib\u00e8re l\u2019image, la d\u00e9logeant l\u00e0 o\u00f9 elle pr\u00e9-existe, pr\u00e9programm\u00e9e, comme le langage au c\u0153ur de l\u2019inconscient.\u00bb, cat. <em>Sons &amp; Lumi\u00e8res<\/em>, op. cit., p. 95.\u0006<br \/>\n2. Brion Gysin, <em>Olympia, A monthly review from Paris<\/em>, n\u00b02, op. cit., (trad. fr. Jean-Fran\u00e7ois Allain, cat. <em>Sons &amp; Lumi\u00e8res<\/em>, op. cit., p.221. \u0006<br \/>\n3. Jean-Christophe Royoux, op. cit., p. 15.<br \/>\n4. Ses \u00e9tudes d\u2019agronomie l\u2019ont men\u00e9 vers un doctorat en phytopathologie et en entomologie agricole.<br \/>\n5. Comment produire une culture du doute, entretien avec St\u00e9phanie Moisdon Trembley in <em>Beaux-arts Magazine<\/em>, septembre 2004.<br \/>\n6. Fran\u00e7ois Piron, entretien avec l\u2019auteur, 2004.<br \/>\n7. cbmp.com<br \/>\n8. Fran\u00e7ois Piron, entretien avec l\u2019auteur, 2004.\u0006<br \/>\n9. CBMP, Entretien avec Anne-Val\u00e9rie Gasc, [<em>Plastik<\/em>] n\u00b04, \u00e9d. Publications de la Sorbonne, Paris, 2004.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L\u2019appellation Machine Poetry d\u00e9signe une \u00e9mancipation de la parole, une lib\u00e9ration du mot (1) \u00e0 l\u2019instar de la lib\u00e9ration de l\u2019image qui dans le cylindre ajour\u00e9 de la Dreamachine\u00a0 se d\u00e9veloppe dans un nouvel espace-temps, bas\u00e9 sur une cadence bien particuli\u00e8re: celle de la r\u00e9p\u00e9tition. Notion fondatrice de l\u2019\u0153uvre en g\u00e9n\u00e9ral de Gysin, la &hellip; <a href=\"https:\/\/www.rvdv.net\/leurslumieres\/page-d-exemple\/26-rozenn-canevet-corps-exposes\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">26. Rozenn Canevet. 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